Piste d'écriture: un rêve commenté par son rêveur.

img nuit de reves

      Ce dimanche matin, j'attends Nadine dans le petit salon de thé où nous avons l'habitude de déguster un brunch. L'occasion pour nous de nous raconter notre semaine, un petit moment tellement amical qu'il nous est devenu indispensable.

Nadine, une vieille amie de presque trente ans. Nous avons partagé moult moments, bons et mauvais. Nous avons aussi travaillé ensemble. Nous nous sommes fâchées et réconciliées plusieurs fois. Elle est presque un autre moi, je suis presque une autre elle.

Je la vois arriver ce matin-là avec de méchants cernes sous les yeux et une mine défaite : visiblement elle n'a pas passé une bonne nuit.

–         Hou ! Ce n'est pas la joie ce matin.

–         Ne m'en parle pas. J'ai vraiment mal dormi. J'ai rêvé toute la nuit, et quand je dis rêver, c'était plutôt des cauchemars !

–         Allez, un petit café bien serré va te remettre les idées en place.

–         Tu me racontes ?

Il n'y a qu'à elle que je peux raconter mes rêves, c'est toujours tellement incohérent. Mais aujourd’hui, c’est moi qui l’écoute.

–         Bof, c'est toujours mes vieilles lunes… Je pensais m'être débarrassée de ces soucis en partant à la retraite et voilà qu'ils reviennent me harceler la nuit, et j'en suis toujours aussi touchée. 

Je savais que Nadine avait occupé un poste à responsabilité, avec une grande charge mentale qui parfois la submergeait. Elle avait toujours donné le change mais avait eu beaucoup de mal à quitter son travail. Je n'étais donc pas étonnée et je connaissais « « ses vieilles lunes. »

–  Alors c'était quoi comme catastrophe cette fois ci ? Toujours ton travail ?

Comme s'il ne pouvait pas y avoir de rêve heureux dans le travail, comme si nous revenions toujours au « tripalium » 

– D’accord, écoute ça... Je suis arrivée le matin, il n'y avait plus rien dans mon bureau. Enfin si, il y avait des meubles inconnus, des couleurs éteintes, des murs dégradés, une odeur de moisi. Mon bureau avait changé de place, mes dossiers étaient éparpillés. Pour le coup j'ai cru m’être trompée d'étage, mais non c'était bien mes dossiers, ceux-là même que j'avais eu tant de mal à monter. Tout mon travail fichu en l'air. Mais QUI avait pu faire ça ? J'ai voulu me précipiter pour réparer les dégâts, mais voilà que je n'avançais plus, mes jambes s'enfonçaient dans du coton. Autour de moi, je voyais vaguement des silhouettes qui se déplaçaient comme en apesanteur.

Puis je me suis retrouvée dans les archives, sans lumière ! j’ai repensé à la grosse panne d'électricité qui avait mis à mal le système de sécurité. Toujours pas réparée ? Non mais je rêve.

Et avec çà, un stress comme jamais...

Je crois bien m'être un peu réveillée car le décor avait encore changé. Du bruit, de la musique, une ambulance ou les pompiers qui passaient tout près, et moi, attablée, souriante et bronzée dans une magnifique robe fuchsia, Curieuse sensation : je me voyais, c'était moi mais je ne me ressemblais pas du tout. Pour une fois je me suis trouvée vraiment belle, comme dans un rêve quoi !

J'avais retrouvé mes jambes et dans ma belle robe fuchsia, je me suis dirigée vers la sortie. Ce devait être un bar car j'avais un verre à la main et peut être même une légère ivresse, le rire un peu trop facile.

Je ne fréquente pas les bars et j'en rêve ?! consta-t-elle avec une mimique amusée, avant de reprendre, voyant que j’étais suspendue à ses lèvres :

– La porte s'est ouverte dans un grand courant d'air glacé. J'ai continué à avancer mais il n'y avait plus rien, tout était blanc. Et là, de nouveau l'angoisse, je tombe, je tombe dans le blanc, mais ma chute devient légère, je ne tombe plus, je plane lentement avec une infinie douceur, et là c'est délicieux.

Je n'ai plus ma belle robe fuchsia. Je me retrouve en bottes de caoutchouc, dans un jardin inconnu et j'ai 12 ans, les genoux écorchés, des châtaignes plein les poches. Il y a là un vieil homme qui bêche la terre. Je ne le vois pas bien, il me tourne le dos. Je pense vaguement à mon grand-père, à la façon bourrue qu'il avait de me consoler, de me réconforter.

Dommage, lorsqu'il se retourne ce n'est pas mon grand-père mais mon voisin du dessous, celui qui est toujours grognon, mais qu'est-ce qu'il fait dans mes rêves celui-là ?

Soudain j'ai mal aux pieds, j'ai froid, j'ai très froid, je suis vraiment mal…

Là je me suis vraiment réveillée, il était 5 heures du matin, ma couette avait glissé et mes pieds s’étaient coincés dans les barreaux du lit.

 

Quelle chute ! que dire ? Je fais signe à la serveuse pour commander un nouveau café, mon amie semble en avoir bien besoin, puis je me lance :

– Bon, je comprends ta petite mine, après 10 ans tout n'est pas encore digéré, je vois que tu continues à travailler, et la nuit en plus. C'est des heures sup ça !

Nadine fronce le nez, mais ne peux s’empêcher de sourire. Le rire n’est pas loin.

– Allez lâche un peu prise, mets ta belle robe fuchsia et goûte-moi ce gâteau à la châtaigne, cela te rappellera ton grand-père.

Ah et au fait, change ton lit aussi !