Piste d'écriture :   un rêve commenté par son rêveur

chat

Où suis-je ?

Je me réveille tout doucement. M’étire de tous mes membres à les faire craquer. Nous sommes dimanche et je sens une petite langue pointue me chatouiller délicatement la plante du pied. Ma minette soulève sa petite tête triangulaire et deux yeux bleu azur me regardent amoureusement. Elle se faufile sous la couverture et son petit corps trace un sillage hasardeux jusqu’à moi. Elle ondule au vu des obstacles rencontrés sous la couette, une chaussette abandonnée, un mouchoir oublié et enfin sort à l’extrémité opposée, juste sous mon nez. Sa langue reprend son activité préférée et elle lèche mon menton piquant comme un enfant sa glace préférée. Mon regard a le temps d’enregistrer que dehors le ciel est gris, pluvieux et froid. Je me laisse gagner à nouveau par une langueur bienfaitrice.

Où en étais-je de mon rêve ? Ah oui ! Cécile rentrait dans ma chambre et commençait à enlever ses vêtements un à un tout en me couvant goulûment de ses yeux gris en amande. Mon corps vibrait déjà du plaisir indicible que cette rencontre virtuelle allait me procurer. Je sombrai quelques instants plus tard dans un rêve érotique, classé XXX. Alors que nous en étions à nous bredouiller des caresses inintelligibles, je me vois subitement dehors, me promenant avec ma minette en laisse. Que faisais-je donc au milieu de ce champ, en pyjama, le crâne brûlé par le soleil de juillet alors que je me rappelais très bien la date d’aujourd’hui, novembre, et qu’il pleuvait à verse quelques minutes seulement avant ce rêve ? Mais étais-je vraiment en train de rêver, ou bien Cécile était-elle bien présente dans ma chambre toute à l’heure ? Je me perdais dans un embrouillaminis indescriptible de pensées confuses et emmêlées.

Ma Minette me rappelle à l’ordre en tirant sur sa laisse. Pourtant je ne la promène jamais, après tout c’est un chat, pas un chien. Je ne comprends plus rien. Laissant de côté mes idées perturbées, je cède à mon petit fauve et nous nous baladons au gré de nos envies. Je songe quand même à Cécile qui doit m’attendre impatiemment. Que va-t-elle penser de mon départ si soudain ?

Je croise une dame d’un certain âge qui me lance un regard moqueur. Je hausse les sourcils, interrogatif, et elle me sourit, me montrant mon pantalon :

- Vous savez que vous êtes en pyjama ? me lance-t-elle narquoise.

- Et ben oui ! Lui répondis-je négligemment. Après tout, on a bien le droit de se promener dans le tenue que l’on veut. Non ?

Apparemment non, puisqu’elle se détourne, furieuse de ma réponse et part d’un pas précipité dans la direction opposée à la nôtre. Peut-être a-t-elle peur ? Croit-elle que je sors d’un asile et que je vais me jeter sur elle ?

Je souris béatement en songeant à l’image que je renvoie à cet instant. Seul, au milieu des pommiers, tenant en laisse Minette. Je sens leur odeur aigrelette ramper le long de mes sinus et s’incruster sous mon crâne, à me donner l’envie irrépressible de les cueillir pour pâtisser une tarte aux pommes.

Mais qu’est-ce que je raconte ? Je ne sais pas cuisiner, alors pâtisser ! Je deviens dingue. Pourquoi est-ce que je ne rentre tout simplement pas chez moi pour continuer ce que j’ai commencé avec Cécile ?

J’en suis là de mes réflexions lorsque j’entends subitement le grondement, ou plutôt devrais-je dire le rugissement, d’un animal sauvage. Je sursaute, et regarde de part et d’autre autour de moi afin d’identifier d’où vient ce cri. Quelle n’est pas ma surprise lorsque je découvre l’animal au bout de ma laisse ! Minette s’est transformée en fauve ! C’est un cauchemar, ma parole. Elle s’approche de moi. Sa tête est monstrueuse de taille, elle doit bien faire quatre fois la mienne et se trouve à la même hauteur que mon visage. Elle sort sa langue et se met à lécher tendrement mon menton piquant. J’essaie de reculer mais mon dos est bloqué par un pommier qui refuse de me lâcher. Elle ronronne de plaisir, puis oriente notre promenade vers la maison. Je ne peux que la suivre. Après tout, c’est Minette. Elle ne m’est pas inconnue. Si elle a changé et qu’à présent elle est devenue fauve, je dois me faire une raison. Je ne peux l’abandonner. Je suis son maître et elle compte sur moi.

Nous croisons sur le chemin du retour, un groupe de marcheurs. Lorsqu’ils aperçoivent Minette, ils s’aplatissent contre le bas-côté du chemin et levant un doigt tremblant, et me disent :

- Mais c’est un fauve, vous n’avez pas le droit d’en posséder un. C’est interdit !

J’hésite à leur répondre, puis d’un ton dédaigneux que j’emploierais pour des enfants teigneux, je leur explique :

- C’est Minette, ma chatte. Elle s’est transformée en fauve il y a quelques minutes seulement…

Je n’ai pas le temps de finir mes explications, qu’ils se mettent à courir comme si leur vie en dépendait. Que leur arrive-t-il donc à eux aussi ? Me croient-ils dangereux ? Je hausse les épaules et décide que la promenade a assez duré. Nous rentrons à la maison. Dans l’escalier, je tombe sur la voisine qui pousse de hauts cris, puis sur son mari, qui se tenant le cœur, attrape sa femme et la pousse précipitamment dans leur appartement.

Mais qu’ils sont bêtes ! Je tiens pourtant bien en laisse Minette et elle est douce comme un agneau. Tiens c’est marrant ça ! « Douce comme un agneau ». Ellele mangerait certainement avec plaisir si on lui en présentait un tout de suite ! L’idée me fait rire.

Je pénètre dans mon appartement et Minette se dirige tout de suite vers sa gamelle d’eau. Oh, il faut absolument que je lui change le récipient, il n’est plus à sa taille. Me défaisant de mes pantoufles je réintègre enfin mon lit et sa couette moelleuse. Je ferme voluptueusement mes paupières, bien décidé à reprendre mon rêve où il s’est interrompu, puisque je constate que Cécile n’est pas là. Je sens le lit s'affaisser sous un poids énorme, et entrouvrant péniblement un œil j’aperçois la masse de Minette qui s’installe comme à son accoutumée au pied du lit. Sauf qu’à présent elle prend les trois quarts de la place. Elle pose sa tête sur mon torse. Son poids me fait grimacer de douleur. Ses poils couleur d’automne me chatouillent les narines et j’éternue à deux reprises.

 

Bien décidé à replonger dans les délices amoureux avec Cécile, je me love contre mon coussin et me ré-endors.

Où en étais-je ? Ah oui ! Cécile donc, se débarrasse de tous ses vêtements, et vient s’allonger. Mais qu’elle n’est pas ma surprise lorsque je m’aperçois qu’au lieu de venir se coucher sur moi elle déploie ses longues jambes pour chevaucher Minette ! Mais que fait-elle donc ? Se croit-elle dans un rodéo ?

- Cécile, je suis là ! lui dis-je d’un ton impatient pour qu’elle me rejoigne.

C’est alors qu’elle me lance cette phrase que je n’oublierai jamais :

- J’ai toujours rêvé de chevaucher un animal sauvage !

* * *

Il est dimanche, je sens une langue pointue me chatouiller la plante du pied. Je lève ma tête et j’aperçois Minette qui me regarde amoureusement de ses yeux bleu azur. La télé est allumée et à l’image une jeune femme aux yeux gris en amande joue une scène érotique avec son amant. Sur le tee-shirt qu’elle enlève à présent, une photo d’un fauve aux couleurs d’automne secoue sa crinière. Je regarde Minette, puis soupire, dégoûté.

Ce n’était qu’un rêve. Ce soir, je me calerai confortablement contre mon coussin, je fermerai langoureusement mes paupières et me laisserai doucement glisser dans un nouveau chapitre avec Cécile.