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Enjeu d’un personnage – Enjeu de l’écriture. Inspiré par le début de Le silence d’Isra, d’Etaf Rurn, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Diniz Galhos), Editions de l’Observatoire, janvier 2020. 

Je suis née sans voix, par un jour nuageux et froid à Brooklyn. Personne ne parlait jamais de ce mal. Ce n’est que des années plus tard que j’ai su que j’étais muette, lorsque j’ai ouvert la bouche pour demander ce que je désirais : j’ai alors pris conscience que personne ne pouvait m’aider. Là d’où je viens, le mutisme est la condition même de mon genre (…) Ce n’est que maintenant, bien des années plus tard, que je sais que tout cela est faux. Ce n’est que maintenant, en écrivant cette histoire, que je sens venir ma voix.

La jeune narratrice de ce beau roman, se définit comme muette de naissance. L’est-elle vraiment, ou ne prend-elle conscience de l’être que lorsqu’elle essaye de définir son désir, son identité propre ? Je n’ai pas voulu vous en dire trop, pour que vous inventiez vous-même vos réponses. L’important est qu’en écrivant, elle sent venir sa voix. A travers quel parcours ?

Il y a derrière cette histoire un secret de famille, et une condition particulière faite à « ce genre ». Isra n’est pas la narratrice, mais c’est en enquêtant sur elle et son histoire que la narratrice va découvrir son propre besoin d’indépendance, penser et agir par elle-même.

On a vu, à travers différentes pistes d’écriture, que l’histoire vous tombe parfois dessus à l’improviste. C’est un hasard heureux, qu’on fait tout pour épanouir et prolonger. Ou c’est une tuile, et il faut s’en débrouiller. Ou bien, c’est entre les deux, un mal pour un bien, parfois.

Dans ce début de roman, on comprend que l’enjeu va au-delà de ce que la vie peut mettre sur votre chemin. Il est existentiel, imposé et choisi à la fois. Certes, la narratrice aurait pu s’accommoder de ce « mutisme », ç’aurait été alors une autre histoire. Mais il s’agit de ces personnages qui, à un moment donné, va affronter frontalement la difficulté, car il ne peut demeurer dans cet entre-deux sans mourir (au moins) un peu.

Vous pouvez vous emparer de ce début, le modifier, et le poursuivre. Par exemple, changer le mot « mutisme », ou le mot « genre », parce que c’est une autre difficulté que vous voulez explorer. « Voix » peut devenir synonyme d’un autre moyen d’expression. L’essentiel, est que votre personnage est face à un phénomène auquel il va devoir se confronter. L’enjeu est pour lui si fort que, même s’il n’en a pas envie, même s’il ne sait pas comment s’y prendre, ou que ses proches cherchent à le dissuader, il n’a pas le choix. L’enjeu est lié à son identité et à sa joie.

Ce début fait un peu penser aux contes. Le héros ou l’héroïne des contes non plus ne peut se dérober.