Ce texte sans prétention, un tantinet irrévérencieux, m'a été inspiré par une sélection de titres empruntés à Françoise Guérin et par le contexte « psy » créé par la série « En thérapie », diffusée actuellement sur Arte.

 

A l'aube des années 80, dans la célèbre abbaye de Principaumont, un séminaire a réuni les plus grandes éminences de la psychanalyse autour de la figure controversée du Prince charmant.

Quelle influence ce personnage récurrent joue-t-il dans la construction de la psyché féminine, mais aussi masculine, à une époque où le féminisme de la décennie précédente a déjà battu en brèche les assignations de genre dans l'éducation des jeunes enfants ? Telle était la formulation de la problématique à débattre.

On trouvera ci-après les arguments des différents ateliers de ce séminaire qui fait, aujourd'hui encore, référence dans son domaine.

 

Atelier n°1 : Les enfants de la dernière pluie.

On ne leur fait plus croire au Père Noël aux enfants qui naissent aujourd'hui. Ils ne sont plus aussi crédules que ceux qui naissaient dans les années 50 ou 60. Ils savent dès le plus jeune âge comment on fait les bébés et sont éveillés très tôt à la sexualité.

Et pourtant, on continue à leur raconter les contes de fées classiques. C'est notre patrimoine culturel, c'est donc normal de le transmettre, disent les uns. C'est complètement anachronique, disent les autres. Faut-il donc encore raconter les contes de jadis à nos enfants qui ne sont pas nés de la dernière pluie ?

 

Atelier n° 2 : Grenadine et menthe à l'eau.

De la même façon que l'on préserve nos enfants de l'alcool et du tabac et qu’on leur réserve au contraire des sucreries et des boissons aromatisées, les récits qu'on leur raconte doivent-ils être pareillement édulcorés ?

Telle est la question que l'on se posera à propos du rôle du merveilleux dans la formation de notre imaginaire et de notre intellect.

On s'appuiera sur des études récentes qui ont très bien montré que les enfants savent pertinemment faire la part du réel et de la fiction dans les histoires qu'on leur propose.

 

Atelier n°3 : Jeunes filles à croquer

On aurait inventé le Prince charmant pour mieux dominer les femmes et les cantonner dans un rôle passif. Et faire en sorte que leur seul objectif dans la vie soit d'attendre le Prince charmant et le grand amour qui va avec.

On connaît le discours des féministes qui ont fait du Prince charmant un prédateur sexuel. Ces dernières n'ont de cesse de mettre en garde les petites filles trop naïves contre les dangers potentiels qui les guettent.

Dans un monde de violence et de délits sexuels en tout genre, peut-on encore décemment racheter la figure du Prince charmant ?

 

Atelier n°4 : Quel bon divan vous amène ?

On ne saurait traiter de ce thème sans faire référence à Bruno Bettelheim et à sa psychanalyse des contes de fées. On lui saura gré d'avoir éclairé pour nous les signifiants véhiculés par ces contes qui nous semblaient à première vue si innocents.

On s'interrogera alors sur la question fondamentale : « L'effondrement du mythe du Prince charmant nous conduirait-elle sur le divan ? Ou « Comment se consoler de cette irrémédiable perte qui affecte aussi bien les hommes, qui ont perdu leur modèle, que les femmes qui, elles, ont perdu l'objet de leur amour ? ».

 

 

Freud

Discussion conclusive : Au Prince charmant, la psychanalyse reconnaissante.

En conclusion, nous, psychanalystes de renom, en ce lieu prestigieux réunis, ne saurions assez remercier Charles Perrault, Jacob et Wilhem Grimm et tant d'autres conteurs. En faisant vivre cette figure du Prince charmant, ils ont su fournir à notre profession un filon inépuisable pour notre plus grand profit !