Piste d'écriture: un départ ou une escapade hors du quotidien.

 

voyage

Elle ne se rappelait plus comment avait germé l’idée de ces voyages. Sans doute l’un d’eux avait-il lancé sans trop y croire :« Et si on allait passer un week-end à Venise ? » Depuis le temps qu’ils fêtaient leur anniversaire de mariage au restaurant, cette journée qui devait être exceptionnelle devenait finalement une routine elle aussi. Cette proposition était peut être l’occasion de secouer la poussière, de ramener un peu d’imprévu dans leur relation.

Non que leur mariage fût en péril, il coulait plutôt comme un long fleuve tranquille, sans véritables heurts ni drames mais il avait perdu la flamboyance des débuts, quand le cœur vous manque lorsque l’autre s’éloigne et que tout s’ensoleille lorsqu’il réapparaît.

 

Ainsi chaque année, le dernier week-end de janvier, il y eut désormais un voyage.

Une façon à eux de renouveler le bail.

Un voyage organisé à deux pour lequel l’on cherchait sur cartes et guides les meilleurs plans pour ce week-end-là.

 

Etablir des itinéraires, choisir des destinations était déjà en soi un voyage qui les rapprochait. Ils étaient rarement en désaccord : l’habitude les avait peut-être façonnés l’un à l’autre sans qu’ils s’en rendent compte. Ils retrouvaient cependant dans ces moments une complicité joyeuse qui les ravissait,

Il y eut Prague, Vienne, Hambourg…

 

Il y avait aussi les voyages surprises organisés par l’un ou par l’autre sans que la destination en soit dévoilée à l’avance.

Ceux-là étaient les plus bousculants.

Elle, ne pouvait s’empêcher de laisser poindre une légère frustration ; se laisser embarquer ainsi, perdre tout contrôle, toute initiative ? Et puis cette excitation qui grandissait dès lors qu’ils avaient pris le bus, le train, l’avion... Mais où allait-on ?

Cette fois-là, ce fut Rome.

 

Lorsque c’était son tour à lui de se laisser entraîner, il ne laissait rien paraître, parfaitement tranquille. Elle en était agacée et le provoquait : « Tu as pris ton maillot de bain ? Je t’emmène au pôle Nord. »

 

Il y avait les départs, toujours stressants, les horaires à respecter, ne rien oublier.

Les halls d’aéroport, les gares où il fallait parfois patienter. Tandis que lui s’impatientait, elle se remplissait de toutes les émotions qui circulaient dans ces lieux. : ceux-là qui se retrouvent et se mêlent, ceux-là qui se quittent, les yeux pleins de larmes, ceux-là qui s’attendent. L’attente : palpable et électriqu,e et l’inquiétude qui agrandit les yeux et tire les traits.

 

Il y eut des avions ratés, des trajets improbables, des bouderies, des engueulades, des « C’est fini je ne partirai plus jamais avec toi. » Des larmes, des rires, des réconciliations dans les hôtels douillets.

 

II y avait les retours, le bonheur de retrouver son cocon, la tête pleine d’ailleurs, et les soirées à refaire le voyage pour la troisième fois.

 

Et puis il y eut le dernier week-end à B… Il faisait froid, la terre et le ciel étaient gris, la ville triste et fermée comme le visage de ses habitants.

Etait-ce cette atmosphère qui les fit sombrer ?

Les promenades se firent silencieuses et les repas en tête à tête pesants, les conversations languirent et chacun s’abrita derrière son journal ou son livre, elle ne bénéficia plus du bras accueillant qui lui entourait les épaules, elle ne vit plus que son dos, pendant qu’il marchait devant elle…

Et ce fut la fin des escapades.