Dans ces trois débuts, les personnages sont emportés, peu à peu ou soudainement, dans ce à quoi ils ne s’attendaient pas. Vous pouvez vous approprier l’un de ces débuts, et le poursuivre. Ou imaginer le vôtre, et nous entrainer dans sa suite…

 "Blanche se laissa glisser dans la fraîcheur liquide, persuadée que tout allait bien se passer.

Mais au lieu de flotter, le poids de sa queue la fit aussitôt couler. Sans avoir eu le temps de prendre sa respiration, elle se retrouva la tête sous l’eau, battant désespérément des bras tandis que son costume aux écailles irisées vertes et bleues s’enfonçait dans les profondeurs avec un scintilleemnt de reflets nacrés."
« Le bonheur aurait-il des nageoires ? » de Sophie Dabat, éd. Pygmalion, 2019

 "J’ai été arrêté. Pour avoir gagné à un jeu télévisé.

On est venu me chercher tard dans la soirée, à une heure où même les chiens errants dorment déjà. Ils ont enfoncé ma porte, m’ont passé des menottes et m’ont escorté jusqu’à la jeep qui attendait en faisant tourner son gyrophare rouge."

 « Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire », de Vikas Swarup, éd. Belfond 2006 pour la traduction, 10-18 n°4044

 "Il y avait eu tant de travail, cette année-là, que les mois avaient succédé aux mois, sans qu’on en prenne vraiment conscience. La fuite du temps s’accompagnait d’une fuite de soi. Elles semblaient tissées l’une dans l’autre, comme la chaîne et la trame d’un même tissu ; ceci dit, un tissu dont on n’aurait pas remarqué la composition élémentaire. Sans cesse occupée à mener à bien une affaire, puis une autre, qui complétait la première, puis une autre qui complétait l’ensemble, avant de commencer une action nouvelle suivie d’actions secondaires, malgré tout plus importantes les unes que les autres, Anne-Yvonne vivait pour son travail."

 Début de la nouvelle « La tasse », in La Parisienne de Cuba, de Ginessa Cano, éd. Tapuscrits, 2018.