Commencer par une situation surprenante, ne pas nous en donner immédiatement la résolution, mais remonter en arrière. C’est l’une des manières d’organiser un suspense, le principe étant toujours de faire attendre. Mais cette attente qu’on impose au lecteur doit l’intéresser. Nous nous pencherons à l’occasion sur d’autres manières d’organiser le suspense

L’exemple ci-dessous est tiré du début du roman de Sorj Chalandon, Une joie féroce, Grasset 2019, Le Livre de poche 35855. L’auteur installe une situation à suspense – puis remonte 7 mois en arrière, pour nous en raconter la genèse. C’est-à-dire au moment où les quatre personnes impliquées se rencontrent. Il crée ainsi une amorce, qui va donner le ton au reste du roman.

Au fil du récit, les relations se solidifient, et le drame se noue. On suit l’histoire dans l’ordre chronologique, se rapprochant de la date fatidique et de la résolution de ce suspense – en ayant connu au passage plusieurs autres. Beaucoup de choses tendres et de fous-rires, dans cette histoire d’amitié, contrairement à ce que peut laisser penser ce début. On se demande d’ailleurs longtemps, quand on fait la connaissance de ces femmes, comment elles ont pu jouer dans cette scène de film de genre, tant elles en paraissent loin. Cela alimente notre intérêt, on comprend très vite que rien n’est simple pour elles – et qu’elles-mêmes sont des personnes aussi complexes qu’attachantes.

Nous saurons donc enfin, vers la fin du roman, comment cette « vraie connerie » se dénouera. Mais l’histoire ne s’arrêtera pas tout à fait là, le récit nous surprendra jusqu’au bout.

Monter une structure avec retour en arrière et flash-back implique de poser des repères pour le lecteur. On pourra avoir des mentions de lieux, de noms de personnages… Ici, il s’agira surtout de notations temporelles, et de temps de conjugaison. Je reproduis ici les premières lignes du chapitre 1, puis du chapitre2.  Si vous avez le livre et que vous poursuivez la lecture du chapitre 1, vous constaterez que la narratrice ménage de petits flash-back à l’intérieur du grand.

 

Chapitre 1.

Une vraie connerie

(Samedi 21 juillet 2018)

 

J’ai imaginé renoncer. La voiture était à l’arrêt. Brigitte au volant, Mélody à sa droite, Assia et moi assises sur la banquette arrière. Je les aurais implorées. S’il vous plait. On arrête là. On enlève nos lunettes ridicules, nos cheveux synthétiques. Toi, Assia, tu te libères de ton voile. On range nos armes de farces et attrapes. On rentre à la maison. Tout aurait été simple, tranquille. Quatre femmes dans un véhicule mal garé, qui reprendrait sa route après une halte sur le trottoir.

 

Mais je n’ai rien dit. C’était trop tard. Et puis je voulais être là.

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Sept mois plus tôt…

 

Chapitre 2

La dame au camélia

(Lundi 18 décembre 2017)

 

Tout se passerait bien. Une visite de routine.