bernard arcenciel

Piste d'écriture: le flash-back et amorce. Commencer par décrire une situation, puis revenir sur ce qui l'a amenée.

C’était une fin d’après-midi d’été. L’orage venait de gronder et la pluie s’était brusquement arrêtée. Le ciel encore bien sombre était traversé par un double arc-en-ciel. Je m’étais refugié dans un cabanon qui servait d’abri aux paysans pendant les journées torrides de l’été. J’étais seul avec mon chien, encore tout tremblant tellement les coups de tonnerre lui étaient insupportables.

J’avais quitté la maison au début de l’après-midi, après un coup de téléphone qui m’avait désarçonné. Sans explication pour mes proches, j’avais sifflé mon labrador et nous étions partis. Les garçons avaient supplié pour nous accompagner, mais je m’étais éloigné sans me retourner. Ma femme m’avait interrogé du regard, à elle non plus, je n’avais donné aucune explication.

Le chien me devançait toujours quand nous nous promenions, mais il se retournait régulièrement pour s’assurer que je le suivais.
C’est ainsi que nous avons été surpris par l’orage. La température avait brusquement chuté et je commençais à ressentir le froid.

Nous avions marché un long moment, aussi j’estimai qu’il nous faudrait deux bonnes heures pour rentrer dans notre maison.

J’attendis encore un bon quart d’heure avant de décider de repartir. Je voulais être sûr qu’il ne se remettrait pas à pleuvoir.

Le chien, cette fois, rassuré, s’ébroua dans les herbes hautes. Il semblait humer toutes les odeurs qui s’échappaient du sol détrempé.

 Nous avancions beaucoup plus difficilement qu’à l’aller, la terre imprégnée d’eau m’obligeait à un effort pour ne pas m’enfoncer. M’dame, c’est le nom que mes enfants avaient choisi pour notre chienne, sautillait de motte en motte, comme un papillon de fleurs en fleurs.
Un instant je pensai que cette pluie ferait sans doute pousser les premières girolles de la saison, et brusquement je me rappelai ce qui avait précipité mon escapade solitaire, ce coup de téléphone…

Je venais de boire mon café sous la tonnelle avec Julia, ma chérie. Les enfants étaient un peu plus loin sous un saule pleureur qui leur servait de cabane. C’était le moment de la journée où nous leur demandions de nous laisser seuls.

Quand le téléphoné a sonné, Arthur mon fils ainé se précipita pour répondre, mais il revint aussitôt en disant « Papa c’est pour toi. »
Je me levai et partis à l’intérieur pour répondre. Au bout du fil, c’était une voix de femme que je ne connaissais pas. Elle se présenta et aussitôt je sentis un pincement dans ma poitrine. J’avais envoyé un manuscrit à une maison d’édition et là, cette femme m’annonçait que mon livre les intéressait et qu’ils étaient partants pour le publier, moyennant quelques minimes corrections.
J’aurais dû sauter de joie, bien que je n’avais parlé à personne de ce projet, ce qui n’était pas trop gênant en soit. Par contre, je racontais dans ce livre une aventure que j’avais eu alors que j’étais déjà marié et père. Certes les noms étaient changés mais ceux qui me connaissent comprendraient tout de suite qu’il s’agissait de moi.

J’avais rendez-vous le lundi qui suivait pour donner oui ou non une suite à cette histoire.
Ne sachant que faire ni que dire, j’avais quitté la maison précipitamment.

Aujourd’hui, les mœurs étant ce qu’elles sont, j’essayais de me persuader que cette aventure passagère serait vite pardonnée. Sauf que cette aventure, c’était avec un homme que je l’avais eue.

Texte et illustration: Bernard Delzons, copyright B. Delzons