Piste d'écriture: créer un sas entre 2 univers ou 2 périodes

1990:

 Comme chaque année, James était venu passer les fêtes de Pâques dans la maison de campagne de leur voisin, à Édimbourg. David était un vieux monsieur malade, il avait chargé le jeune homme d’ouvrir la maison à sa place. James était donc arrivé le premier, ses parents suivraient le lendemain avec le vieux monsieur. Après un long séjour en France, sa famille venait de rentrer en Ecosse pour lui permettre d’aller à l’université de Glasgow. Pâques était désormais le seul moment de l’année où ils revenaient pour une longue période.

 James entra dans la pièce principale, qui était une cuisine à l’ancienne. Face à la porte, une grande fenêtre donnait sur le jardin. Sur le côté gauche se trouvait une grande cheminée, dans laquelle il y avait une cuisinière à bois. « Il faudra commencer par allumer le feu », pensa le jeune homme. A cette époque de l’année, c’était la seule pièce qu’on chauffait.
De part et d’autre du fourneau, deux fauteuils club défraichis qu’il avait vu dans l’appartement du vieil homme en ville quand il était encore enfant, donnaient un air bizarre à cette pièce. Pendant leurs séjours, son père et leur hôte les occupaient pour les longues veillées. Sa mère et lui devait se contentaient des chaises autour de la table.
Au milieu de la pièce trônait une grande table rustique en bois ; de l’autre côté un meuble permettait de ranger la vaisselle des jours ordinaires. Dans un coin de la pièce, James avisa le couffin du dernier chien de la maison, mort au moins six années plus tôt. Il aperçut aussi le pickup et la pile de vieux disques. Il en prit un au hasard et la voix d’Aznavour retentit dans la pièce. Il se rappela que c’était le cadeau de ses parents à David, lors de leur premier retour en Ecosse.

Il regarda sa montre : il fallait qu’il fasse vite pour préparer la maison. 

2010:

 James a hérité de cette maison au décès du vieil homme. Il est maintenant chef de cabine et travaille pour Air France. Dans ce pays il a juste un petit studio mais en Ecosse, il a aménagé la maison à son goût. Il y séjourne aussi souvent que possible, compte tenu de son métier.
Quand il ouvre la porte, il ne peut s’empêcher de sourire en se remémorant cet ultime week-end de Pâques passé en compagnie de David et de ses parents. « C’était… », il doit faire un rapide calcul, pour conclure que ça doit faire trente ans.
Il a invité quelques amis français pour le week-end de Pâques. La cheminée est toujours là, mais à la place de la cuisinière, il a fait installer un insert qui distribue une chaleur douce et agréable. Il faudra commencer par l’allumer pour réchauffer la pièce, pense-t-il. Ce n’est plus la cuisine mais la salle de séjour. James a aussi fait remplacer la fenêtre par une porte vitrée qui permet de sortir directement dans le jardin. Il a gardé le vieux tourne disque comme objet de décoration, mais il s’est acheté une chaine hifi dernier cri. Le vaisselier n’est plus là, à sa place une grande bibliothèque blanche et moderne fait face à la cheminée. En dessus de celle-ci, il a placé une grande photo de David dans un joli cadre aux bordures rouge sombre.

 James n’avait aucun lien de parenté avec cet homme, mais quand celui-ci était devenu veuf, il avait proposé de donner au jeune garçon que James était alors des leçons de français. David avait brusquement quitté la France et s’était réfugié en en Ecosse juste avant la deuxième guerre mondiale. N’ayant pas d’enfant, il s’était pris d’affection pour James et sa famille, et c’était réciproque.
James sort chercher du bois et s’arrête un moment devant la niche du chien qu’il a gardée, alors qu’il a bazardé le couffin. Il revient rapidement dans la pièce avec les bûches, il allume le feu et ressort pour vider le coffre de sa voiture des provisions qu’il a ramenées pour le week-end. Sur la table basse devant le canapé, il place le gros œuf en chocolat qu’il a acheté dans une boutique réputée d’Édimbourg, puis les bouteilles d’alcool et les amuse-gueules, comme disent les Français.
Il se dirige vers la nouvelle cuisine, moderne, mais il a tenu à y garder la cuisinière qui lui sert simplement à ranger quelques casseroles.
James a une pensée émue pour le vieil homme qui lui a laissé cette maison. Durant ses études, il s’était installé chez lui ; en échange il lui préparait ses repas du soir et lui tenait compagnie quand celui-ci n’allait pas bien.
Il regarde sa montre : il faut qu’il parte à l’aéroport chercher ses amis.