En écho à la chanson « Dimanche soir » de Grand Corps Malade, j'ai imaginé ce qu'aurait pu répondre la compagne de sa vie, en campant celle-ci comme une femme indépendante et baroudeuse, un peu à la manière d'Olga Tokarczuk, l'écrivaine polonaise prix Nobel de littérature en 2019.

 

 

Plus loin, plus proche

 

 

Quand la routine s'installe, que les dimanches ressemblent à des lundis,

Que tous les jours de la semaine se mélangent dans un sinistre pareil,

Je me dis que dix ans c'est vraiment trop et je fais ma valise.

Mais quand tes mains s'allongent vers moi et glissent sur ma nuque,

Une douce vague se met à courir sur ma peau et rallume mon désir.

 

J'aime prendre des trains, le soir, dans des gares blafardes,

Me réveiller au petit jour à Minsk ou à Rostov

Et me brûler les lèvres avec un bortsch fumant.

Mais quand sur mon écran surgit la lumière de tes yeux bleus

Mes forces m'abandonnent et en rêve, je me blottis contre toi.

 

Quand tes clopes mal éteintes dans des cendriers froids

Empuantissent l'air et me donnent la nausée,

J'ai envie de tout plaquer, de prendre mes clics et mes clacs.

Mais quand tes lèvres vigoureuses et sensuelles se posent sur les miennes,

Ma colère m'abandonne et nos deux corps fusionnent.

 

J'aime, dans les aéroports, scruter les tableaux des vols en partance,

Je m'imagine envoyée spéciale d'une guerre oubliée

Dans le Haut-Karrabach ou sur les hauts-plateaux du Tigré.

Mais quand au bout du monde, sur mon écran, s'affichent tes mots,

Il n'y a plus ni guerre, ni envoyée spéciale, la baroudeuse rend les armes.

 

Quand je prends le large, que je me sens pousser des ailes,

Que je voyage hagarde, ivre de solitude et de liberté,

Peu m'importent les caresses et les douces habitudes,

Mais quand ta voix résonne tout au bout de mon téléphone,

Ton timbre grave m'émeut et tout mon corps frissonne.