Piste d'écriture: écrit sur un galet.

galets

Ce matin, j’ai quitté mon domicile furieux, après un coup de téléphone qui m’avait sorti du lit.

Je descendis les escaliers quatre à quatre, suivi par mon chien, un labrador noir.  

J’ouvris la porte de la voiture et il sauta joyeusement sur le siège arrière, une promenade à cette heure là c’était une aubaine pour lui qui devait généralement attendre que j’aie pris mon petit déjeuner pour sa promenade du matin.

Je n’aurais rien pu avaler après la nouvelle que je venais d’apprendre. Je me dirigeai vers la plage où je pourrais courir crier insulter. Le monde entier ou tout autre chose, sachant qu’à cette heure là du matin, il n’y aurait sans doute personne. J’avais juste enfilé un vieux jogging et un teeshirt sans prendre la peine de me laver, ni de me raser.

 

Sur place, je lâchai Berta qui partit immédiatement à la poursuite d’une malheureuse mouette qui trainait sur le sable. C’est une chienne que j’aurais voulu appeler “Dagobert” en souvenir de mes lectures d’enfant et des aventures du Club des cinq. J’avais fini par opter pour ce diminutif plus facile quand il fallait lui donner des ordres.

 

Je la regardai filer au loin. Le ciel était gris et sombre comme l’étaient mes idées à cet instant. Bien vite, elle est revenue vers moi avec un bâton dans la gueule pour me signifier qu’il était tant de jouer. Je tirai un temps sur le bois et elle recula en jappant, attentant que je jette l’objet. Je le lançai et aussitôt elle s’élança à sa recherche. Quand elle revint, elle n’avait pas de bâton mais déposa à mes pieds un drôle de galet en forme de cœur.

Ce n’était vraiment pas le jour de jouer avec ça, pensai-je. Pourtant je le regardai plus attentivement, il était d’un vert sombre encore brillant comme s’il venait de sortir de l’eau. Alors je crus déceler quelques mots tracés, de couleur blanche.

Je me baissai pour mieux voir et aussitôt Berta se mit à japper pour que je lui lance la pierre. Je la fis assoir pendant que j’examinais en détail ce caillou gros comme une boule de pétanque. A ma grande surprise ce n’était par lourd, c’était même léger comme une pierre-ponce. Je réalisai que c’était une pierre peinte et je cherchai à comprendre le texte en partie effacé que j’avais sous les yeux.

Il fallut me rendre à l’évidence ce n’était pas du français, en tous cas pas complètement. Ce n’était pas non plus de l’espagnol ou là encore pas complètement. J’ai pensé à du catalan, mais sans en être sûr, je ne connaissais pas cette langue.

J’allais lancer la pierre à mon chien mais au dernier moment je décidai de la mettre dans ma besace, pour l’examiner de plus près une fois revenu chez moi.

Je m’approchai de l’eau et malgré la fraîcheur du matin, je me jetai dedans en espérant y laisser mes tourments. Je dois dire qu’elle était bien froide mais je l’oubliai un instant en jouant avec Berta qui m’avait rejoint. Nous sommes vite ressortis et je partis en courant pour une course effrénée, tantôt devancé tantôt suivi par mon labrador. Épuisé, mais réchauffé, je m’assis un moment et regardai à nouveau cette pierre bizarre.

 

Visiblement certains des mots avaient été effacés. Mais entre les mots de français et d’espagnol que je croyais voir, j’eus soudain la sensation de découvrir un message qui m’était destiné. “Bouge-toi mec, ce n’est qu’un chagrin d’amour après tout” Cela me renvoyait au coup de téléphone du matin. Au bout du fil une voix masculine avec un accent étranger m’avait dit : « Inutile d’aller la chercher à la gare, elle ne viendra pas. »

 

Je regardai le caillou et le jetai, mais Berta me le ramena aussitôt. Alors je me décidai à rentrer en mettant la pierre dans ma sacoche.

Chez moi je vis que j’avais un message sur mon répondeur. C’était Éléonore, ma copine, elle expliquait qu’elle était en panne de batterie et qu’elle avait demandé à un inconnu de me prévenir qu’elle ne prendrait que le train du soir.

 

Soudain heureux et détendu, je pris une douche puis me fis chauffer un bon café que je dégustai avec les croissants que j’avais ramenés, pendant que Berta mangeait ses croquettes.

 

Je venais de finir quand on sonna à la porte, c’était Pedro un ami de Barcelone. Je lui proposai une tasse de café encore chaud et je lui montrai mon caillou. Aussitôt il se mit à fredonner puis à chanter une rengaine que je ne comprenais pas. Berta s’est installée à ses pieds, le museau posé sur ses souliers. De temps à autre elle me regardait. J’aurais juré qu’elle se moquait de moi. Pedro m’expliqua que c’était seulement le refrain d’une chanson populaire de son pays, une chanson d’amour, l’histoire d’une rupture…