Piste d'écriture: écrit sur un galet, "Release / what ties down / your soul. Let it go"

 

   Libérer ce qui ligote l’âme

Janvier déjà.

J’avais décidé, à la rentrée de septembre, de ne pas me laisser happer.

Trouver du temps pour soi, au besoin le créer, tel est le conseil répété par les coachs de vie à longueur d’articles dans les magazines en papier glacé, bien lisses, harmonieusement colorés. Les nombreux exemples cités à leur suite se veulent convaincants. Mais voilà : la quarantaine approchante, trois enfants, Hugo, Olivier et Gaël, en pleine construction, un mari si occupé que la banalité du quotidien ne le concerne pas, une profession passionnante mais demandant une absolue disponibilité, et la spirale se met à tourner.

L’action permet d’éviter le vertige. Se focaliser sur l’objectif : l’intendance, le suivi des enfants dans leur santé, leur cursus scolaire ou sportif ou encore culturel, la préparation des cours, les trajets maison-travail, maison-médecin, maison-stade, maison-marché et retours — évidemment—, et la présence auprès de mes élèves, sans relâchement. Une chose à la fois. Mais tant de choses…

La monotonie ? Certes non ! Car il y a toujours le détail qui modifie le cheminement linéaire : Gaël a oublié sa veste de survêtement à la salle de sport, il n’y a plus de place pour se garer près du marché, Hugo invite ses copains pour son anniversaire, le petit Florian Meunier n’a pas encore rapporté son autorisation parentale pour la sortie éducative du lendemain. Pas le temps de s’ennuyer, pas le temps de respirer.

Quatre mois déjà que le rythme s’impose et m’asphyxie. Quatre mois que je me lève dès la première sonnerie du réveil et que les gestes automatiques s’enclenchent, dans un ordre précis, du matin jusqu’au soir, réalisant les tâches incontournables, sans perte de temps, sans dépense inutile d’énergie afin que les plages réservées à l’essentiel, assistance de mes élèves et de mes enfants aux moments opportuns, ne soient pas parasitées par des préoccupations prosaïques.

Je m’épuise, je me dessèche, je manque d’air.

J’entends ce soir l’océan rouler et jaillir sous la tempête. Il est au bout de ma rue. Il m’appelle. J’enfile ma veste et je le rejoins. Assise sur les rochers qui bordent la plage, je me laisse envelopper par le fracas des vagues juste en-dessous de moi. Le vent, en rafales impétueuses, soulève l’écume. Le flux et le reflux, dans une lutte violente, mugissent dans la nuit. Les crêtes, dentelles furieuses, déferlent sur le sable. Je suis au cœur du tumulte. Je n’entends plus que sa furieuse énergie. Mon agitation se noie dans le brusque ressac, mon stress s’envole dans la bourrasque. L’océan danse et joue avec le vent, sans contrainte, sans retenue, dans un déchaînement de forces bouillonnantes et mon esprit joue avec eux. Leur puissance me remplit, leur vacarme me vide la tête et je respire à pleins poumons, libérée des tensions qui ligotaient mon âme.

Je me ressource au creux de la tempête.

 

corinne ruisseau