Piste d'écriture: écrit sur un galet. Nawé (Sadia) participe aux ateliers du mercredi.

 

Doux galets. Doux souvenirs de cette enfance colorée. Douce rivière. Douce mer. Douce pensée vers le passé.

Sel, sable, rochers; vagues et houles sur les pieds, puis sur les cuisses, puis sur les mains et enfin sur le corps entier.

 

Sensation minérale en phase avec tous les éléments de l’air.

 

Doux galets sous les pieds: c’est le bonheur, la simplicité, la liberté des cellules qui respirent l’éternité.

 

Cette nature qui nourrit,qui stabilise le pouls de l’existence.

Existence, silencieuse, savoureuse, en liaison avec les êtres que nous chérissons.

Oxygène, respiration. Le galet de la vie sur lequel on s’assoit, confortablement, avec nos désirs, nos besoins, nos attentes, nos déceptions et nos victoires.

 

Laissez glisser sur les joues et les paumes de main les larmes de tendresse, de sagesse, et toutes celles qui ont surmonté avec notre cœur, les épreuves de l’océan, les pertes humaines et les échecs de tout bord.

 

Des mots se lisent aussi sur ces galets solitaires de mon esprit:

“Souris à la vie, que tu gagnes ou que tu perdes la partie, souris à la vie”, me répétait Morika, cette jolie professeure hongroise qui enseignait l’allemand au lycée.

 

“Reviens à tes premiers amours, danse et chante ta vie sans  trop te soucier du jugement réprobateur, des injonctions et des critiques négatives de ton entourage.

Arme-toi de tes valeurs et de ta curiosité. Pars! Pars à l’aventure, aussi loin que tu pourras sans trop te retourner et sans trop te poser de questions. Pars vers le meilleur qui t’attend, jeune fille, toi qui aimes les galets réunionnais, rodriguais, comoriens, mauriciens et les galettes bretonnes du Morbihan.

Prends toutes ces émotions, charge-les de légèreté, rayonne, fusionne avec elles. Abandonne les rochers jonchés sur tes épaules.

Etale toute la gratitude et la beauté de tes sentiments sur les galets, ces paupières voyageuses. Badigeonne-les de certitudes et d’optimisme, lisse-les de douceurs et d’amour, laisse-les accueillir les flots de ton être en écoutant les battements de ton cœur et le bruissement de ton esprit”, disait encore Morika.

 

Lisa, plongée dans ses souvenirs, se concentre, le regard ébloui par cet horizon pacifique, savourant l’air marin de son enfance, la mélodie des vagues, ce ressac familier et apaisant, le ciel étoilé, le vol des paille-en-queue et la végétation luxuriante.

 

La nuit ne tombe pas encore. Lisa ne le souhaite pas. Ce qu’elle désire le plus, ici et maintenant, c’est de chanter, chanter pour tous les petits galets du monde qui l’ont supportée avec tant d’humilité et de résistance.

 

A chacun de ces galets qu’elle a pu contempler de près ou de loin, joyeusement en secret, voici ce qu’elle dit:

“Léo ye roho ya haagu nge tabihawo sha ntsudjuwa eza mawudu.

Almuradi reka tsifu reka ngamina muyo

ntsinaw paaro hudiwaza pvo washinda wanishiliya randzi pvotrasi hata pvanu masihu. Ntsinaw paro hudiwaza bo mnabwe”.

 

“Aujourd’hui mon coeur est lourd et souffre. Souffrira-t-il encore demain? Je ne sais pas.

Quoi qu’il en soit, morte ou vivante, je ne t’oublierai jamais, toi, qui, du matin au soir, as su m’écouter. Je ne t’oublierai jamais petit galet”.

 

Lisa esquisse un petit sourire, repense aux paroles sages de Morika et étale délicatement  son dos sur ces galets chauds et plats de son imagination.

Un inspir, un expir, et se rassoit à sa table.

Il est temps de revenir à la réalité de l’atelier, et de laisser vivre ses doux galets de liberté...

samia les galets

 

Nawé