Sur la plage, ce dimanche 9 janvier, se trouvait un coffre de piano à queue, posé directement dans le sable, ses pieds ayant disparu. Plus de couvercle mais, vu de loin, avec les jolies courbes acajou de son cadre, le bois clair et les rubans rouges de sa table d’harmonie, et ses cordes brillantes, on pouvait le prendre pour une harpe, ou une fleur géante.

Comme moi, plusieurs personnes se sont dirigées vers cet objet naufragé. Avait-il souffert d’un séjour dans l’eau ? Avait-il été apporté là depuis la route ? Le clavier était abimé. Seules quelques touches sonnaient encore, mais un groupe de quatre personnes s’est penché, et deux jeunes ont fait vibrer directement ses cordes ; les plus graves ; les plus aigües. Moment suspendu, magique.

Dans une rosace, apparaissait la marque, en lettres chantournées et dorées : RUCH. J’ai fait une recherche sur cette manufacture de pianos, 1869-1935. Fondée en 1869 en Alsace, elle s’installe à Paris en 1870, et est renommée pour ses pianos, tant droits qu’à queue; elle gagne des prix jusqu’en 1900. Elle s’associe en 1909 à la manufacture Herz, elle aussi honorablement connue et plus ancienne (1867). En tant qu’Herz et Ruch, elle dure jusqu’en 1913 ou 14, puis est vendue, rachetée et devient compagnie Paureau-Ruch, facteur de piano, et disparait en 1935. Pour être siglé simplement RUCH, ce piano daterait donc d’avant 1914 ? Les bases du piano, où devaient s’attacher les pieds, entraperçues sous le coffre, étaient en bois sculpté, avec une rosace au milieu.

Pistes d’écriture :

Que vous évoque ce piano posé sur le sable d’une plage d’hiver ? Un lien avec la musique, les trouvailles inattendues, une méditation ?

Imaginer les aventures du piano :

Pourquoi l’avoir posé là ? Qui, pourquoi ? et comment ? Où se trouvait-il auparavant ?

Au passé plus ancien : Imaginez son histoire

Au présent : les réactions et interactions que sa présence suscite.

Au futur : que va-t-il devenir ?

 

le piano sur une plage de janvier