On traverse le terrain vague dans un silence étrange, léger, presque respectueux. La neige y est totalement vierge. Nos pas s’impriment sur la surface givrée et on avance, silhouettes solitaires plongées dans la glue de leurs souvenirs. On s’arrête au pied de l’une des grues. Je me dévisse le cou pour distinguer son sommet. Soudain, Gina m’envoie un coup de coude :

– On grimpe ?

Je la regarde, stupéfait, mais elle est sérieuse.

– Là-haut ?

– Oui. T’es jamais monté sur une grue ?

Et, comme je secoue la tête d’un air désolé :

–  C’est une expérience à faire au moins une fois.

Elle me prend la main et la pose sur l’un des barreaux.

– Allez, Mattia. C’est la nuit de Noël.

 – Quel rapport ?

Elle rit :

–  Je ne sais pas. Tu es trop sage. Quelque part ça me fait peur. Tu as le droit d’être un gamin, Mattia. Et les enfants montent aux arbres.

Aux arbres peut-être. Pas aux grues. Mais je sens combien cela lui tient à cœur, et je ne veux pas la décevoir comme j’ai déçu tous les autres. Alors je prends sur moi. Je ravale la peur. Je commence à grimper.

 

Extrait de Rien ne se perd, de Cloé Mehdi, éd. JIGAL, 2017

 

Situation énigmatique, un défi, mais dans quel but ? Quelle est la situation pour que la proposition d’une telle escalade apparaisse, aux yeux de Gina, comme un cadeau de Noël ? Qui sont-ils l’un pour l’autre ?  Que va-t-il se passer ? Entre eux deux. Entre Mattia et la peur. Entre eux et, peut-être, d’autres personnages.

 

Pistes d’écriture :

- écrire la suite, après avoir éventuellement modifié certains éléments ;

- inventer ce qui précède ;

- décrire une autre situation où le défi prend l’allure d’une épreuve initiatique ; que s’agit-il de prouver, ou de trouver ?

Rien-ne-se-perd