Piste d'écriture: un défi

20210414_110056            Début des vacances scolaires. Le printemps est entré en scène.  Déjà les arbres bourgeonnent ou reverdissent, recouvrant l’environnement du vert tendre de leurs premières feuilles. De-ci de-là, surplombant la vaste pelouse de la résidence où les enfants se retrouvent pour jouer, les fleurs jaunes des forsythias donnent la réplique à quelques camélias rouges sur le point d’éclore à leur tour.
Ce jour-là Olivier et sa petite bande de copains sont réunis, cherchant comment occuper leur après-midi. Les débuts de vacances sont toujours un peu compliqués : passer sans transition des journées scolaires organisées et encadrées, aux journées de congés où l’on doit inventer des occupations, demande davantage d’imagination. D’audace, également.
Ils sont donc là, quatre garçons cherchant des idées originales, lorsqu’arrive Élodie, la sœur d’Olivier. Pas de chance, ses copines sont déjà parties, certaines en voyage, d’autres chez leurs grands-parents. Elle n’a donc pas d’autre choix que celui de se mêler aux garçons : c’est évidemment plus intéressant que de rester seule dans sa chambre, agacée par sa mère qui lui conseille d’en profiter pour lire. Elle préfère encore retrouver son frère et les autres, qui l’accueillent, mais sans grand plaisir !

- Ah ! Te voilà. Les filles t’ont abandonnée ?
- Du coup on devient intéressants !
- Bon on t’accepte mais tu fais ce qu’on te dit. Sinon tu dégages.
- Et tu pleurniches pas, compris ?
- Et t’as pas intérêt à cafter à maman.
Fortement minoritaire Élodie les suit, consentant tacitement à accepter leurs exigences, faute de quoi, elle le sait, elle serait mise à l’écart pour le reste des vacances.

            Le petit groupe, de cinq maintenant, déambule un moment sur la pelouse, puis se saisit d’un ballon et commence une partie de foot qui met Élodie en difficulté. Elle essuie leurs quolibets mais prend garde à n’émettre aucune protestation.
Au bout d’un moment, l’intérêt pour ce jeu ayant faibli, les voilà partis à la recherche d’autre chose. Soudain Martial les entraîne vers un des gros arbres et suggère qu’ils y grimpent tous le plus haut possible. C’est sans danger, l’arbre est solide, et ils l’ont déjà fait plusieurs fois.
Eux oui, mais pas Élodie qui d’abord refuse ce jeu stupide… C’est oublier sa parole, c’est oublier qu’ils ne l’accepteraient plus avec eux et même se vengeraient d’une telle trahison. Sous la pression des garçons, et surtout de son frère qui profite un peu de la situation pour régler quelques vieilles histoires avec elle, Élodie entreprend donc l’ascension à laquelle on la contraint. Elle a peur de tomber, de se casser une jambe, de s’érafler les mains, mais elle retient ses larmes. Elle a aussi besoin de montrer qu’elle est capable de relever ce défi, qu’elle est sportive, et qu’elle mérite son excellente note d’EPS…
Intérieurement elle prie pour qu’un voisin surgisse dans cette allée et crie aux garçons de la laisser tranquille. Ou bien que quelqu’un, d’un balcon, donne l’alerte et vienne au secours de cette pauvre petite qu’ils embêtent parce qu’ils sont plus grands alors qu’elle ne leur a rien fait. Mais hélas, rien de tel. Alors Élodie, courageuse, grimpe, grimpe, et réussit à atteindre une grosse branche sur laquelle elle peut enfin se reposer, assise à califourchon.

          Les hurlements des garçons, leurs bravos, leurs applaudissements, la grisent un moment et lui redonnent le sourire… Puis tout s’arrête. Elle prend conscience qu’elle doit maintenant redescendre mais dès qu’elle regarde vers le bas la panique s’empare d’elle. Incapable de se raisonner, incapable de se calmer, tout se brouille et elle ne sait comment s’y prendre. Alors elle pleure, elle pleure. Les garçons essaient bien de la guider, de la conseiller : «Mets ton pied là, attrape la petite branche, mets ta main ici... » Elle s’affole encore plus. Eux-mêmes commencent à s’inquiéter ; ils ne savent plus comment l’aider. Puis une solution fait consensus :il faut aller chercher des parents. Et ils s’éloignent, chacun dans une direction différente, promettant à Élodie de revenir tout de suite avec des adultes.
Olivier rentre chez lui, ne voit pas ses parents et file dans sa chambre où il oublie sa sœur. Plus tard sa mère le trouve occupé à sa tablette et lui demande où est passée Elodie. Penaud,Olivier lui fait le récit de leur aventure, en minimisant le rôle des garçons et en rejetant la responsabilité de cette histoire sur sa sœur qui « évidemment a voulu faire comme nous alors qu’elle en est incapable. »
Leur mère se précipite au secours de sa fille et se rassure lorsqu’elle se rend compte que celle-ci est hors de danger. Le spectacle est quand même comique : Élodie, le visage inondé de larmes, les bras crispés autour d’une branche, les jambes pendantes, hurlant de peur… Elle jette un coup d’œil à son fils qui lui, maintenant, affiche un large sourire, et reprenant son rôle de parent le gronde :

- Tu exagères quand même ; tu es l’aîné, tu n’as pas à entraîner ta sœur dans des jeux trop difficiles pour elle. Elle aurait pu se faire bien mal. 
-Mais m’man aussi elle nous suit partout, elle veut tout faire comme nous. Un vrai pot de colle!

 Christiane Koberich