« L’ingrédient magique, c’est l’amour. Car il permet la cristallisation du rêve. Saupoudrez le tout d’une pincée de surprise, et votre vie aura un goût exquis ! » disait Sylvia*.

Gaspard était privé de cet ingrédient depuis que celle qu’il croyait être la femme de sa vie l’avait quitté. Carolina. « La Carolina », comme l’appelait son père. Le désamour l’avait traumatisé. Au point de devenir allergique à l’amour. Et de s’en méfier comme d’un virus mortel. Soir après soir, il violentait sa guitare folk et respirait son harmonica tel un asthmatique sa Ventoline. Il n’avait pas d’autre choix que de chanter son blues. Jouer à l’alchimiste, transformer le plomb de sa tristesse. Pas en or, mais peut-être en un matériau plus léger ?

Sur scène, il traitait le mal par le bien en donnant l’amour qu’il ne recevait plus. Il avait besoin de toucher physiquement son public, de chuchoter puis de hurler. Danser, se contorsionner et, toujours, se surprendre. Redevenir lui-même, le temps d’une chanson. Cette sensation de liberté l’électrisait. Son cœur fonctionnait comme une dynamo, l’adrénaline faisait éclore les étoiles au milieu de la nuit. Chaque soir, Gaspard se sauvait un peu en mettant du vent dans les voiles du Flowergurger.

 

Henri aussi tentait de se remettre d’un accident d’amour. Mais lui soignait le mal par le mal. Envoi de poèmes érotiques par pigeon voyageur, escalade d’immeubles pour apparaitre sur un balcon et autres surprises raffinées.

Il séduisait et était devenu expert en badinage artistique. Il lui arrivait même de cacher un quatuor de violonistes dans la cage d’escalier de son appartement. Quand il rentrait bredouille, Henri payait quand même les musiciens. Il se ruinait avec ses mises en scène mais c’était son carburant.

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*Sylvia est la grand-mère de Gaspard, c’est elle qui a créé le Flowerburger, une péniche qui abrite un restaurant et une salle de concert. Elle est décédée, mais son fantôme continue d’habiter la péniche. C’est dans cette salle de concert que Gaspard se produit. Henri est le cuistot. La péniche ne marche plus très fort, mais c’est un lieu plein de charme, et de charmes.

 

Mathias Malzieu, Une sirène à Paris, Ed. Albin Michel, 2019, Le livre de Poche 36247

Chacun réagit à une perte, ou à une déception, à sa manière. Ces deux jeunes gens sont, je trouve, assez créatifs en ce domaine. Gaspard est devenu allergique, et donne de l’amour à un public, mais ne veut plus en ressentir en privé. Il est d’ailleurs persuadé qu’il ne tombera plus amoureux. Henri, lui, « traite le mal par le mal » : il multiplie les mises en scène de l’amour.

Je trouve qu’un bon ingrédient pour inventer des histoires, est de se souvenir que, dans la vie, rien n’est jamais écrit. Paradoxe et créativité sont droit de cité, à côté de la répétition et de la banalité. D’ailleurs, même lorsque l’on croit répéter un schéma familial, ou un schéma établi, on le fait à notre façon, avec notre ressenti… C’est d’autant plus vrai des personnages.

 

Plusieurs pistes :

Imaginez un personnage face à une déception, ou un obstacle, et faites-le réagir d’une manière propre (si possible inattendue).

Reprenez les solutions de Gaspard et / ou d’Henri, mais avec d’autres personnages différents d’eux : qu’est-ce que cela donnera ?

Racontez une histoire vécue, par vous ou un proche, dites-nous quelle a été la stratégie suivie pour faire face. Exposez-en la logique, faites-nous sentir un caractère ou un contexte.

Racontez la suite, pour l’un ou l’autre de ces deux jeunes gens.

 

Copiright Carole Menahem-Lilin, mars 2022

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