Photos tirées d’un cagibi, 1977-1983, de Paul Coudsi, éd. Ubik Art, 2021. P 134-135

La photo : le square des Batignolles, en 1978, devant un bac à sable. 3 fillettes de 8, 9 ou peut-être dix ans, l’une debout, les deux autres en partie assises sur la barrière en fil de métal. Elles sont évidemment trop grandes pour jouer encore dans le bac, qui d’ailleurs semble vide, mais peut-être l’une d’entre elles, qui nous tourne le dos, surveille-t-elle un petit frère ou petite sœur qui joue en hors-champ pour notre regard. On voit, à la position de leurs mains et à l’expression des deux autres, face à nous, qu’elles échangent passionnément, argumentent peut-être.

Un gardien de square s’est approché. Pour le moment, il ne fait que les observer. Il est tourné vers elles, mains derrière le dos, comme emporté par leurs débats.

En arrière-plan, de l’autre côté du bac, sur des bancs, des mères ou nourrices avec des petits.

 

Voilà ce que dit l’auteur de la photo : Non ce n’est ni un gendarme, ni un policier qui regarde els trois petites filles avec un air… indéfinissable. C’est le gardien municipal du square des Batignolles. A la physionomie inimitable. Pourquoi les tronches ont-elles disparu du « paysage » des visages de notre quotidien ? J’aimais croiser ces gens avec des gueules, qu’on voit dans les films d’autrefois entre les années 30 et 70.

On remarquera le cor de chasse sur la manche de l’uniforme de l’homme. Une trace des chasses à cour royales de l’ancien temps, égarée dans les jardins publics de la capitale, en cet an de grâce 1978 ?

Le garde-champêtre du quartier…

 

Pistes d’écriture :

. Que racontent les gamines ? A quoi pense le gardien ? Deux univers apparemment distants, qui pourtant semblent reliés, le temps d’une bulle, par un intérêt commun. A moins que le gardien se prépare à intervenir (la barrière n’est pas un banc, par exemple ?)

. Peut-être cette photo vous rappelle-t-elle des souvenirs ? racontez.

. Autre point de vue, celui du photographe : votre personnage aime à photographier les acteurs de l’espace public. Ou bien, il a pris ce cliché pour une raison précise. Il ne découvrira le résultat que lorsqu’il fera le tirage…