Ecrivez un texte dans lequel se retrouvent au moins 5 de ces 10 mots, croisière, distance, Méditerranée, crâne, tectonique, immédiat, hélices, sillage, volcans, lave

lettre

Pawel, était en train de finir son petit déjeuner quand on sonna à la porte. Il n’attendait personne, aussi il alla répondre en ronchonnant se disant qu’on pourrait bien le laisser tranquille un samedi matin. Quand il ouvrit la porte, il découvrit un jeune homme, un casque de moto sous le bras qui lui tendit une enveloppe en lui disant :

-        Bonjour, monsieur, vous êtes bien Monsieur Pawel Tchernoplov ?

Devant la réponse affirmative de l’homme en robe de chambre sur le palier, il continua :

-        J’ai un pli pour vous de l’ambassade.

Pawel sursauta, que pouvait-on bien lui vouloir, aussi il demanda simplement :

-        Ambassade, mais quelle ambassade ?

Le coursier un instant désarçonné, reprit :

-        Celle de votre pays bien sûr, vous êtes bien Ukrainien non ?

Ainsi, après des années d’exil, on venait le relancer ici à Paris dans son pays d’adoption, Pawel répondit néanmoins :

-        Oui…enfin…je l’étais, aujourd’hui je suis français !

Il remercia l’homme, prit le pli et rentra chez lui en refermant la porte derrière lui. Bien entendu, il savait que la situation était extrêmement tendue et que l’on craignait une invasion des Russes sur ce pays qui avait été le sien. On n’allait quand même pas lui demander de retourner là-bas pour se battre contre l’ennemi. Il avait quitté le pays des années au paravant quand l’influence de Moscou était encore bien présente et qu’il ne pouvait pas vivre sa vie comme il l’entendait.

Il ouvrit l’enveloppe et en sortit une lettre manuscrite dont il reconnut immédiatement l’écriture. C’était celle de Sonia sa sœur avec laquelle, il n’avait plus de contact depuis des années. A l’époque elle était mariée avec un homme tout dévoué à la « Grande Russie » comme il se plaisait à dire. C’était écrit sur du papier à entête du ministère des affaires étrangères ukrainien, mais c’était une lettre personnelle qui lui était adressée :

« Cher Pawel, comme tu le sais sans doute, la guerre est imminente. Je suis très engagée dans la défense du pays et je ne peux le quitter maintenant. Mais, en même temps, je ne veux pas mettre en danger la vie de mon fils Pawel, il s’appelle comme toi. Il a 8 ans. Je le mets dans un avion demain pour un départ immédiat ! Quelqu’un de l’ambassade te l’emmènera. Merci de t’occuper de lui. J’espère que tu sais encore parler notre langue ! Ta sœur Sonia. »

      

Abasourdi, Pawel dût s’assoir pour reprendre ses esprits. Voilà plus de quinze ans qu’il n’avait pas eu de nouvelles et maintenant on lui envoyait un enfant qu’il ne connaissait pas. Il aurait volontiers porté secours à des compatriotes en difficulté, mais à cette famille qui l’avait rejeté parce qu’il était homosexuel, « jamais », pensa-t-il. En réalité, s’il n’avait pas eu la volonté d’affirmer au grand jour ses préférences sexuelles, il aurait, comme beaucoup, pu rester là-bas en dissimulant ses goûts. Il se rappela soudain la déflagration tectonique qu’il avait provoquée en osant tenir tête à son père dont le crâne dégarni était devenu rouge vif.

Même s’ils avaient gardé chacun un appartement, il vivait en couple avec un garçon qui s’appelait Victor. Mais là, il ne pouvait pas le joindre, celui-ci était parti pour le week-end en Sicile pour une excursion sur les pentes de l’Etna sans accès possible au réseau. Il l’avait supplié de ne pas y aller craignant pour sa vie sachant que le volcan était très actif à ce moment-là et que les coulées de laves pouvaient être très dangereuses. Il n’avait pas pu le suivre en raison d’un important projet de croisière sur la Méditerranée qu’il préparait pour la société touristique dans laquelle il travaillait. Pourtant, il aurait bien aimé siroter un petit « Martini » blanc avec un zest de citron dans un bar de Taormina qui surplombait la mer...

Qu’allait-il pouvoir faire ? S’occuper d’un enfant, il s’en sentait totalement incapable. Victor lui, l’ainé d’une famille nombreuse serait beaucoup plus à l’aise, il en était certain.

 

Il était dix heures le lendemain quand on sonna à nouveau à la porte. C’était le même homme que la veille, mais cette fois, il était accompagné d’un jeune garçon blond qui le regardait avec hostilité. Une fois les présentations faites et quelques formalités accomplies, l’homme repartit, laissant l’enfant chez son oncle. Il n’avait qu’un petit sac à dos comme tout bagage. Quand Pawel voulut s’en saisir pour soulager l’enfant, celui-ci s’écarta brusquement en criant en français :

-        Sale PD !

Pawel voulut lui donner une gifle, mais se revint in extrémis. Il lui montra sa chambre où l’enfant s’enferma immédiatement. Pawel l’entendit pleurer derrière la porte.  Il ne le revit pas du reste de la matinée, puis brusquement, le gamin ressortit vers midi et demanda les toilettes. Une boule de poils sortit de derrière le canapé, puis s’approcha pour le renifler. L’enfant se baissa pour le caresser. Le chat s’écarta pour maintenir une certaine distance sans pour autant s’enfuir à l’autre bout de l’appartement.

 

Pawel avait préparé un plat Ukrainien, et Pawel Junior ne pût résister. Il dévora littéralement. Pendant ce repas, il consentit à répondre aux questions de son oncle. Celui-ci comprit vite que le mot français qu’il avait utilisé était le seul qu’il connaissait, sans en savoir pourtant le sens. C’était comme ça que son grand-père appelait l’oncle Pawel.  

Rassasié, l’enfant allait repartir dans la chambre quand il aperçut sur une étagère une maquette d’avion. Il s’approcha et ironique, il demanda à son oncle pourquoi, il n’y avait pas d’hélices. L’oncle n’eut pas d’explications à donner, le chat qui avait grimpé sur le meuble, venait de faire tomber un bibelot. L’enfant éclata de rire et s’enfuit dans la chambre, suivi par l’animal. Il se retourna en entendant son oncle hurler « Kit » c’est le mot ukrainien pour désigner le chat. Alors il sourit à son oncle pour la première fois de la journée.

 

Ils étaient à table, le soir, quand la porte de l’entrée s’ouvrît et que Victor entra. Manifestant sa joie de retrouver son compagnon, il s’avança pour l’embrasser, le chat dans son sillage. C’est alors qu’il aperçut l’enfant dans le séjour. C’était le portrait de Pawel. Il devint blanc, persuadé que c’était le fils caché de son compagnon, et que vu son âge, il n’avait pu l’avoir qu’après leur rencontre. Il était furieux et prêt à frapper son ami. Le petit garçon, comprenant la situation, se mit à parler en ukrainien avant de se mettre à pleurer.

Pawel profita du moment pour expliquer la situation à son ami, le coursier, la lettre de la sœur et l’arrivée du gamin. Victor, d’abord dubitatif, finit par se calmer. Il s’excusa puis s’approcha de Pawel pour l’enlacer, mais celui-ci le repoussa.

L’enfant alors cessa de pleurer, et les regarda. Puis il s’approcha de Victor, lui prit la main et avec fermeté la mit dans celle de son oncle. Il s’était mis à chanter une chanson ukrainienne que lui avait apprise sa mère.

D’abord crispés, Pawel et Victor se détendirent grâce au geste d’apaisement de l’enfant. Ils reprirent même le refrain en cœur, l’un en Ukrainien l’autre en Français.

La chanson terminée, ils se regardèrent, puis Victor prit l’enfant dans ses bras sans lui laisser le temps de réagir, le fit sauter en l’air avant de le reposer à terre. Pawel Junior éclata de rire, il alla alors vers son oncle et l’embrassa tendrement.

 

Le lundi suivant, l’homme de l’ambassade sonna une nouvelle fois à la porte de Pawel. Il avait avec lui une petite fille. Avant que son oncle ne puisse réagir, Pawel junior avait pris la main de la fillette et l’avait entrainée dans l’appartement….