Atelier: Antigone, j'écris ton "non", j'écris ton nom. 

 

Antigone fait signe d’un blanc. Pas un oubli.

La désignation aveugle de la langue qui n’agit qu’en dominant.

Qu’est-ce qu’un NON qui fait NOM ?

Faire place, déplacer l’identité du Nom, s’opposer à la Loi, refaire langue autrement,

s’affirmer contre pour se dire oui et aller au monde.

 

Il n’y a pas de poly-gone pour une anti-gone.

D’une, contre l’Un, elle ne fait trois.

Elle ouvre les lèvres, le sang coule dans le sens de l’Histoire : la terre absorbe ses morts à l’air libre. La langue demande son tombeau.

 

Antigone est telle qu’elle est en elle-même.

Elle ne se suicide pas dans le sang. La corde coupe les liens de toute ascendance.

Elle ne reprend pas la main d’Œdipe s’automutilant.

Elle est autonome, tenant d’elle-même sa propre loi.

 

Seul Hémon s’ensanglante de sa propre main sur une descendance qu’il n’aura pas.

Antigone, elle, dit non à la main du même, de ce même sang jaillissant de la main meurtrie.

Elle n’a pas besoin de verser le sang.

C’est un souffle qu’elle coupe, ainsi d’un mot qui ne sera jamais prononcé, d’un cri qui ne sera jamais enterré.

Eux tuent, contre eux-mêmes.

 

 Anti-gone échappe à la mort désignée du genos. Son agir ne laisse aucune trace. Aucun signe qui reconduirait la fatalité. Elle ne se retourne pas contre elle-même.

Ce qui fait lien délie de tous les liens.

Son silence seul se voit. D’un grand coup d’aile, le corps balancé au bout d’un fil.

Elle échappe à tout ensevelissement préparé. Échappant à la lapidation, à l’ensevelissement vif, elle se tient à son fil.

 

Toutes, le corps écrit par défaut, maintenant se tiennent devant le silence d’Antigone.

Est-ce un contre sens d’écrire contre la violence ?

Est-ce intolérable d’écrire le corps violenté ?

Est-ce la langue seule qui fait silence ?

 

Ces paroles naissent des lacunes de la langue.

Elles sont intervallaires et rhapsodiques, ne donnent pas dans le sens commun.

Elles viennent interrompre le discours.

Elles font trou, déchirant le voile des signes.

 

Elles sont filles des Guérillères, sans jumelles, ni guerre entre elles, elles résistent à l’ordre de la langue qu’elles ouvrent de nouveaux points de centre entre les mots : jonction fictive d’une déchirure.

 

Elles font des cris des mots, des mains d’autres signes,

Rient de la colère des dieux,

Épousent la terre, pour dire où elles se trouvent maintenant.

 

D’un corps d’oiseau à qui l’on ne dicte pas l’envol,

Elles ouvrent d’autres cieux.

 

Jamais aucune prêtresse ne lira leurs tracés pour ériger un temple aux hommes.

15 10 2022, Frédérique Villemur