fille d'oedipe

« Toujours on a voulu me dicter mes actes. Toujours j’ai dû attendre les autorisations et le bon vouloir des hommes. Aujourd’hui, ma liberté je la prends. Devrais-je en mourir. »

Elle est la première rebelle littéraire, et elle n’a cessé d’inspirer réécritures, adaptations, essais (Sophocle, Jean Anouilh, Berthold Brecht, Marguerite Yourcenar, Henri Bauchau, George Steiner…) L’opposition Antigone/Créon est devenue une dimension de la pensée démocratique. Jop, un bédéiste, en fait une zadiste nièce d’un préfet. Marie Gloris Bardiaux-Vaiente et Gabriel Delmas proposent également leur relecture, en BD, avec une fin inédite. La citation est d’ailleurs extraite de leur « Fille d’Œdipe ».La ZAT  met  sa figure à l’honneur.

Les deux frères jumeaux d’Antigone, Polynice et Etéocle, voulaient chacun régner totalement sur Thèbes, au lieu d’accepter d’alterner un an chacun. L’un est enterré avec les honneurs, le cadavre de l’autre est abandonné sous les murailles, avec ses soldats. Créon, leur oncle et le nouvel homme fort du régime, menace de mort quiconque enfreindrait ses ordres.

Antigone refuse de laisser le corps de son frère aîné sans sépulture. Elle le doit à son frère, elle le doit aussi à la loi millénaire qui intime aux humains d’enterrer leurs morts. On peut entendre beaucoup de choses dans ce refus de plier à Créon. La fidélité à sa propre conscience, son amour pour sa famille, une prescience du danger d’épidémie qui menace si on laisse pourrir les cadavres sous les murs de Thèbes… comme le refus de la déshumanisation et de l’autocratie.

Quoi qu’il en soit, puisque sa parole n’est pas entendue, puisque bien que princesse, elle n’a pas le droit de participer au débat public, elle va agir. Elle sort des murailles à la nuit, et dépose un peu de terre sur le corps de son frère. Elle est dénoncée, arrêtée, et conduite devant Créon. Par ses actes, elle défie la mort, mais surtout elle en appelle à la conscience des citoyens.

« Et moi pourtant, je le déclare, je désobéirai. Pour donner la sépulture à mon frère, je ne crains point d’enfreindre les ordres. Parce que comme il le fut, je suis moi aussi enfant d’Œdipe. Et je dis, NON ! Les loups affamés ne se repaîtront point des chairs de mon frère. »

 

Comment son refus de céder à un décret de circonstance résonne-t-il en vous ? Qui serait votre Antigone, à quoi désobéirait-elle, et qui serait son Créon ?