Il est aujourd’hui un pays devenu le pays du NON. Ou plutôt un pays où le NON change de camp et de sens.

            Jusque-là pays réservé à une poignée d’hommes en noir enturbannés, qui décidaient de lois restrictives (pour les autres), un pays policier où le moindre écart était sévèrement sanctionné ; un pays où les dirigeants gardaient l’exclusivité du NON. C’était de leur part un NON aux demandes de liberté : liberté d’expression, liberté de se vêtir selon ses propres désirs, liberté de décider de son corps, liberté de rechercher son plaisir.

            Ces hommes aux turbans prétendaient tenir leur autorité de Dieu, l’Être suprême dont eux seuls pouvaient interpréter les directives. Ils disaient savoir le juste et l’injuste, le bien et le mal ; et forts de ces connaissances dont ils se targuaient, de leurs interprétations, et du pouvoir qu’ils avaient su s’octroyer en faisant dire à Dieu ce qui les arrangeait eux, ils régnaient en maîtres absolus, indiscutables, s’appuyant sur la peur, la terreur, la mise à mort, n’hésitant pas à se montrer impitoyables devant la moindre désobéissance de leur population.

Comme dans toute dictature ils opposaient un refus absolu à ceux qui les dérangeaient. La docilité de leur peuple n’avait d’autre explication que la peur d’être emprisonnés, souvent arbitrairement ; d’être torturés ; de disparaître un beau jour sans que personne ne comprenne ce qui leur était reproché.

 

            Et puis un jour ce fut la goutte d’eau de trop. Des gens, des femmes surtout dans un premier temps, s’emparèrent du NON pour elles-mêmes, faisant fi des injonctions des religieux, les bravant, fortes de la légitimité de leurs désaccords et de leurs revendications.

Ce fut alors le NON de centaines, de milliers d’Antigone. Le NON de toutes celles qui n’acceptaient plus l’arbitraire, qui même au péril de leurs vies se soulevaient contre leurs bourreaux.

Des milliers d’Antigone envahirent la rue, prenant d’abord au dépourvu leurs dictateurs qui, même avec toute la répression dont ils étaient capables, n’arrivaient plus à les faire rentrer chez elles.

 

            Comment osaient-elles les défier ainsi ? Comment osaient-elles, si nombreuses, leur dire NON ?... NON à leurs interdits : interdit de se vêtir selon leurs choix, interdit de libérer leur chevelure, symbole de toutes les libertés supprimées depuis des décennies dans ce pays. Comment osaient-elles défier leurs lois masculines ?

 

            Ce fut alors la révolte des opprimées qui n’en pouvaient plus de se taire, de se voir barricadées dans des tenues dont elles ne voulaient pas, de voir leurs pensées, leurs idées, leurs créativités, barricadées pour la seule raison qu’elles étaient Femmes.

Et depuis plusieurs semaines ces Antigone courageuses, fières, déterminées, continuent de résister aux enturbannés, et peut-être, l’avenir le dira, entraîneront-elles leur pays dans une Révolution, en entraînant avec elles leurs maris, leurs amis, leurs frères, leurs fils, qui à leur tour comprennent que ces femmes en lutte, luttent également pour la liberté des hommes.

 

            Le NON des interdictions imposées par les religieux est devenu le NON pour les libertés de toutes et tous. Il a changé de camp et de sens, même si à ce jour il n’a pas encore gagné.

 

copyright Christiane Koberich

12/11/22