Un père vieillissant a toujours l’impression – c’est une crainte en fait – que ses enfants ne sont pas à la hauteur, qu’ils n’en font pas assez. Les aînées –  il a eu trois filles –  l’ont passablement déçu : 16 ans de déception pour la plus grande, 14 ans pour le seconde, alors, y a-t-il un espoir pour que la plus jeune soit différente : plus active, plus entreprenante ?

« Avance ! Applique-toi, tu dois faire mieux, essaie d’avoir un peu plus d’ambition et d’énergie ! »

Elle essaie parfois de dire non ; il en demande trop, pourquoi cette inégalité entre les êtres ? Et pourquoi un traitement différent ? Plus j’en fais, plus il en demande… il vaudrait peut-être mieux une bonne grosse bêtise de temps en temps, un grand refus d’obéir. Ou alors, ça l’a aussi effleurée, reconstruire, comme il dit, mais ailleurs, rompre une bonne fois pour toutes avec ces exigences ou en rechercher d’autres, pas plus souples peut-être, mais nouvelles.

  Elle imagine parfois : deux filles aînées, et elle aurait été un garçon. Alors, quelle attitude différente chez le père ! Peu importerait, vraiment ! Deux filles insouciantes, inactives puisqu’ensuite viendrait un fils, qui serait un homme digne de ses parents.

Ah ! Non ! se reprend-elle. Il faut être fille et avoir ce titre de dignité, qu’on attende beaucoup d’elle. Parce qu’elle le peut et le mérite !