Les rituels et les peurs. De quoi exactement a peur cette petite fille ? Qu’y a-t-il dans, ou derrière, ce noir ? Comment, peut-être, la rassurer ?

Peut-être vous souvenez-vous de peurs farouches de ce type. Au-delà de l’aspect universel de cette peur du noir, il y a souvent un contexte, un événement particuliers. Ici, la peur se fait plus forte quand la mère part en voyage dans un pays étranger.

La petite fille n’est pas tout à fait sans défense : elle a ses outils, la lampe de poche, les rituels, et ses alliés, comme Népo. Vous pouvez en faire survenir d’autres, si vous décidez de poursuivre la nouvelle. Un indice : le père va jouer un rôle important.

Vous pouvez aussi écrire librement, un souvenir ou une histoire imaginaire. Vous pouvez débuter par l’une des phrases en gras (ou une autre !).

Au niveau de la forme : l’auteure écrit au présent, ce qui accentue l’aspect d’enfermement dans lequel est plongé la fillette. Le présent nous connecte à son émotion. Le rythme alterne entre phrases courtes, presque factuelles (« le rituel est toujours le même ») et phrases plus longues, belles, balancées, mais dans lesquelles on risque de se perdre.

 

Le rituel est toujours le même.

Avant de se mettre au lit, la fillette vérifie que les draps sont bien bordés, bien serrés sous le matelas. Elle veut être sûre que son corps ne pourra pas s’échapper, qu’elle ne risque pas de s’envoler ou de se perdre.

Il faut aussi une petite lumière. Une lampe de poche, en l’occurrence. Elle en change la pile chaque fois que sa maman part en voyage pour pouvoir s’éclairer dans la nuit si elle est seule. Quand sa maman est là, elle droit avec elle, blottie contre elle, dans sa chaleur. Là, rien ne peut lui arriver. Mais cela fait deux semaines que sa maman s’est envolée pour un pays lointain. Elle s’assure donc que sa lampe est à sa place, sous son oreiller.

Et puis, enfin, il y a Népomucène. C’est son ours, sa peluche. Il a un drôle de nom, elle ne sait plus pourquoi elle l’a appelé ainsi. C’est trop long, alors souvent, la nuit, quand elle lui parle, elle l’appelle Népo.

Il est marron clair, immense, énorme, prend toute la place. Elle est obligée de le pousser pour pouvoir s’allonger.

[…]

Il est temps. Elle se rapproche encore un peu de Népo et ferme les paupières. Une seconde, deux secondes… et ça y est, le vide l’aspire, l’attire sans qu’elle puisse résister.

D’abord, il y a ce qu’elle voit. Le noir. Un noir total. Comme si on avait pris la peinture la plus sombre possible et qu’on avait donné des grands coups de pinceau avec au plafond. Des coups de pinceau qui laissent des traces, traces noires sur fond noir, comme des spirales. Et il n’y a rien pour éclairer ce noir…

 

Les vertiges du vide, Marina Carrère d’Encausse, in « 13 à table » 2023.